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Fils du Feu
Culture

Livres à lire cet automne - Les suggestions de Solange de La Page

By Solange de La Page
26/10/2016

Fils du feu, Guy Boley, Grasset.

Ce roman s’ouvre sur une scène de forge, un spectacle qui convoque les mythes, un « concerto pour enclume et marteaux », avec dans le rôle des maîtres du feu, le père du narrateur, ferronnier d’art, et son employé. Le narrateur se replace à la hauteur de l’enfant de cinq ans qu’il était alors. C’est une enfance provinciale, dans les années cinquante, d’un côté un monde d’hommes, de feu et d’acier, de bielles et de vapeur – la famille habite près du dépôt de locomotives –, de l’autre les femmes et la trivialité du quotidien, les fourneaux et les lessiveuses fumantes, le linge qui sèche au vent, toutes choses qui vont bientôt disparaître avec l’avènement des Trente Glorieuses et les débuts de la société de consommation. Mais pour l’enfant ébloui qui voit ces images pour la première fois, tout est tableau qui formera son regard, l’univers semble mû par des forces magiques. 
Une tragédie familiale vient renverser l’ordre du monde, le petit frère meurt, chacun devra désormais vivre cet impossible deuil.
Guy Boley a exercé tous les métiers avant d’écrire son premier roman, dans une langue rythmée et visuelle qui fait surgir des images puissantes. 
 

La Cheffe, roman d’une cuisinière, Marie Ndiaye, collection blanche, Gallimard.

On est d’emblée au cœur du sujet, sans préambule, puisqu’on écoute un narrateur, qui répond à un interlocuteur dont on ne saura rien – un journaliste peut-être ou un auteur qui souhaite écrire un livre sur la Cheffe. Le long récit oral que nous allons entendre n’est pas découpé en chapitres, il est raconté d’une traite par un homme qui a travaillé avec la cheffe et l’a aimée, sans retour. Embauché à dix-huit ans comme commis, alors que la réputation de la Cheffe commençait à attirer dans son restaurant les notables bordelais, il restera presque toute sa vie professionnelle avec elle et ne se targue que d’une qualité, « celle d’avoir connu la Cheffe mieux que quiconque ». Il fut son confident unique. 
C’est donc à travers son regard amoureux que nous découvrons la vie de la Cheffe : « Je veux que la Cheffe soit connue comme une femme admirable ». Il y a chez lui le désir de rétablir la vérité, les gens se méprenaient sur la Cheffe – « Elle aimait qu’on fasse fausse route à son sujet ». Elle n’aura vécu que pour la cuisine, mais se refusant à l’appeler un art, mal à l’aise avec les compliments, éprise d’ascèse, de probité. La gloire ou en tout cas la renommée est venue malgré elle, même si elle voulait être quelqu’un, « laisser dans la mémoire des mangeurs une réminiscence éblouie ». Remplaçons mangeurs par lecteurs et nous pourrons voir dans ce beau portrait celui de la romancière. 
 
 
 

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