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Mc Solaar
Culture

Retour sur le Concert de Mc Solaar au Queen Elizabeth Hall

By Matthieu Boisseau
26/09/2010

 

Dans le cadre du London African Music Festival, Mc Solaar se produisait le vendredi 10 Septembre sur la scène Queen Elizabeth Hall de Londres. Trop heureux de faire coïncider ses devoirs journalistiques avec son admiration pour le rappeur français, FranceinLondon n'aurait pour rien au monde manqué ce concert de l'artiste vainqueur de deux Victoires de la Musique en 1995 et 2008.

 

Lorsqu'il entre sur la scène du Queen Elizabeth Hall, Mc Solaar exhume par son élégance et son charisme le souvenir des grands interprètes français que sont Jacques Brel et Serge Gainsbourg. Vêtu d'un costume et d'un béret façon « rappeur dandy », une image qui séduit depuis plus de 15 ans maintenant, Claude M'Barali de son vrai nom plonge immédiatement la salle dans une atmosphère authentiquement jazz avec le titre « Je connais mon rôle ». Très vite, le constat est clair : accompagné de Bambi Cruz, Arlini, de la choriste Lara Bellerose et de Dj K-Mille, Mc Solaar règne en despote éclairé sur une scène qu'il captive. Du titre très slam « Victime de la Mode » au musical « Da Vinci Claude », il combine éclectisme et brio pendant 90 minutes qui semblent beaucoup trop courtes. A la fin du concert, le public est debout et danse sur la chanson « Solaar Pleure ». Le show est parfaitement ficelé, l'ambiance très conviviale, et si certains peuvent être déçus pas les oublis du texte de « La Belle et le Bad Boy », difficile de déceler d'autres failles dans la performance scénique de Mc Solaar. Celle-ci a d'ailleurs été unanimement saluée par les nombreux français présents, qui, visiblement nostalgiques des prémices du rap dans les années 1990, lui ont offert une superbe standing ovation. Revenons sur les raisons de ce franc succès.

 

Subtil alliage entre des textes de grande qualité qu'il compose lui-même et des arrangements aussi variés qu'audacieux, Mc Solaar capte l'attention du public grâce à un flow aérien et une élocution soignée. Il est un show-man certes, mais n'a pas besoin de « surjouer », et si tout semble facile, il ne sombre pourtant pas dans la facilité. Chaque parole est mesurée et le timbre de voix posé, comme pour signifier que son talent ne se perd pas dans l'exubérance. Le public se délecte donc à la fois de l'élégance du verbe et de la fluidité du phrasé, sur des horizons musicaux toujours plus variés. Car force est de constater que Claude M'Barali maîtrise son rap quels qu'en soient le ton et le style. Du vintage « Bouge de là » à l'oriental « Inch'Allah » la polyvalence caractéristique de ses albums les plus récents résonne comme un hommage aux musiques du monde. Le rap de Mc Solaar voyage ainsi à travers les continents, mais aussi à travers les époques. De l'harmonica des "farmers" du Colorado dans « L'Auberge du Bouleau Blanc » au R'n'B consacré lors des années 2000 dans « T'Inquiètes », l'artiste revisite ainsi des lieux et des époques qu'il souhaite nous faire partager.

 

Le hip-hop assez classique qui était initialement le sien est donc devenu un rap multiculturel reconnu à travers le monde pour sa créativité. En effet, contrairement à certains papes du rap français comme NTM ou la Mafia K'1-Fry, Mc Solaar est l'un des rares artistes issus de cette vague des années 1990 a être reconnu à l'étranger, un privilège auquel que seul le groupe IAM peut prétendre. Dans le monde anglo-saxon par exemple, des collaborations avec Missy Elliott et Guru ont contribué à sa popularité, comme en témoigne l'utilisation de « La Belle et le Bad Boy » dans l'un des derniers épisodes de la série Sex and the City. En Amérique du Sud, c'est le titre « Hasta La Vista » qui a fait connaître Claude M'Barali des amateurs de rap, comme me l'a confié un journaliste colombien.

 

Même si cela ne l'a pas empêché de dominer le rap français, certains artistes comme Booba ou Joey Starr lui ont reproché ses textes trop vagues et pas suffisamment explicites. Mc Solaar, trop poète pour être honnête, ne se conformait ainsi pas aux règles d'un rap qui se devait de dénoncer pour exister. Pourtant, s'il est vrai que son ton pacifiste et abstrait n'est pas aussi brut que ceux de ses homologues, ses textes n'en demeurent pas moins sensés et incisifs, comme en témoigne le titre « Souvenir », une critique en règle des contrôles de police « au faciès ». En réalité, le rappeur a simplement choisi une autre méthode pour s'exprimer : une création poétique inspirée de l'écriture automatique, un concept formulé par les surréalistes consistant dans la composition instinctive et presque frénétique de textes.

 

De ce fait, lorsque Mc Solaar évoque des sujets polémiques, le style utilisé n'est pas celui de la critique pure et dure. L'artiste né à Dakar est plutôt de ceux qui prennent de la distance par rapport aux problèmes. Il manie en effet à la perfection métaphores et rimes, ce qui lui permet d'aborder avec une perspective originale et d'autant plus pertinente les thèmes qui lui sont chers. Le port d'armes dans « Clic clic », le consumérisme dans « Carpe Diem », et la dictature de l'image dans « Victime de la mode » sont évoqués à la fois avec légèreté et sérieux, preuve s'il en fallait une que ces deux notions ne sont pas incompatibles. Par conséquent, Mc Solaar a bâti son style unique à partir de deux univers dont il extrait la quintessence, le rap et la poésie Difficile donc de le comparer ou de trouver son égal, même si Oxmo Puccino est probablement l'un de ses semblables. Ces deux artistes sont en effet plus rassembleurs que diviseurs, et demeurent les symboles d'un art ouvert et éclectique. Finalement, en réconciliant la poésie et la culture urbaine, Mc Solaar participe de la reconnaissance du rap non pas comme une « sous-culture » mais en tant qu'entité digne d'intérêt et de respect.

 

En guise de conclusion, je me contenterai de relayer une information que m'a donnée l'artiste à sa sortie de scène et qui ravira ses fans : son prochain album sera préparé dès cette année. Cette brève discussion me permet enfin de soulever le  point le plus essentiel mais aussi le moins surprenant : Mc Solaar est à la fois un artiste de génie, et un authentique gentleman.

COMMENTAIRES:

01/10/2010 - belinda.lovell a dit :

I love MC Solar - so sorry to have missed this concert.
:(

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