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Nicolas Sarkozy
Politique/Economie

Amis pédophiles, à demain...

By Matthieu Boisseau
24/11/2010

Ces deux derniers jours, les journaux anglais ont allègrement évoqué les propos quelque peu outranciers de Nicolas Sarkozy, en marge d'un sommet de l'OTAN à Lisbonne vendredi dernier. Le Président français aurait en effet insulté un journaliste en le traitant de « pédophile ». Pourtant, une fois n'est pas coutume, les médias de Sa Majesté font preuve d'imprécision. En effet, selon un reporter de RMC, la scène qui a eu lieu lors de ce point presse « off » n'est pas exactement celle que relate la presse britannique. Compte tenu de la teneur éminemment polémique des propos du chef de l'Etat, un rapide retour sur cette « colère froide » s'impose.

 

 Ce que Nicolas Sarkozy a vraiment dit

 

Lors d'un point « off », une sorte de rendez-vous informel entre le chef de l'Etat et les médias, Nicolas Sarkozy aurait vivement répondu à un journaliste l'interrogeant sur l'affaire Karachi. « Vous dites n'importe quoi, vous ne vérifiez rien”, aurait déclaré le Président, avant de poursuivre : "Vous êtes un pédophile, j'en ai l'intime conviction, j'ai vu les services secrets mais je ne vous dirai pas lesquels, j'ai vu quelqu'un mais je ne vous dirai pas qui c'est, et c'était oral. Mais j'en ai l'intime conviction, vous êtes un pédophile!". S'en sont suivies dix minutes de démolition en règle de l'éthique journalistique, avant de conclure en beauté : "Amis pédophiles, à demain".

 

 

Dans quel contexte Nicolas Sarkozy a-t-il utilisé de tels termes ?

 

En prenant à partie un journaliste de la sorte, Nicolas Sarkozy a en fait voulu montrer combien il pouvait être facile et gratuit de proférer des accusations en se basant sur des sources anonymes. C'est, de son point de vue, le cas dans l'affaire Karachi. Mais la rudesse de ces propos soulignent aussi l'irascibilité du Président Français. L'éclaircie espérée lors du remaniement ministériel est en effet déjà éclipsée par ce nouveau scandale qui risquerait de ternir un peu plus une côte de popularité déjà au plus bas depuis l'affaire Woerth-Bettancourt.

 

Pourquoi Nicolas Sarkozy est-il soupçonné dans l'affaire Karachi ?

 

Petit rappel sur l'Affaire Karachi : Nicolas Sarkozy, Ministre du Budget au moment des faits, c'est-à-dire en 1994, est soupçonné d'être impliqué dans le versement de commissions à des intermédiaires lors de la vente de sous-marins français Agosta au Pakistan. En échange, des rétro-commissions auraient permis de financer la candidature à l'élection présidentielle de 1995 de Edouard Baladur, dont Nicolas Sarkozy était aussi le directeur de campagne. Mais avec l'élection de Jacques Chirac, le versement de ces commissions a été arrêté. L'hypothèse, formulée par Charles Millon, ministre de la Défense de l'époque, est donc que l'attentat de Karatchi, qui a coûté la vie à 11 Français le 8 Mai 2002, aurait donc été perpétré en représailles à l'arrêt de ces versements. En l'absence de preuve, aucune charge n'est pour l'instant retenue à l'encontre du chef de l'Etat qui a d'ailleurs affirmé que tous les documents nécessaires seront remis à la justice pour éclaircir cette affaire. Mais Nicolas Sarkozy n'en est pas moins dans une fâcheuse posture. Pour preuve, le refus de François Fillon d'autoriser une perquisition dans les locaux de la DGSE, dans le cadre de l'enquête sur l'attentat de Karachi. « Secret défense », dit-on du côté de Matignon : mais qui défend-on ?

 

La réaction des médias et de l'équipe de Sarkozy

 

L'éthique ou l'information ? Les propos de Nicolas Sarkozy ont été rapportés à l'issue d'un point off, durant lequel, selon la tradition, un accord tacite entre le Président et les journalistes stipule qu'aucune citation ne pourra être relayée. Pourtant, devant la teneur des propos de Nicolas Sarkozy, certains médias ont décidé d'en faire l'écho. Alors, est-ce une exploitation fumeuse d'une phrase sortie de son contexte et sans intérêt ? Après tout, ce n'est un secret pour personne que le chef de l'Etat a une manière « cavalière » de s'exprimer avec les journalistes. Il en a même fait sa marque de fabrique, son « style présidentiel » : sa dernière interview télévisée, durant laquelle il a broyé le trio Chazal-Denisot-Pujadas, est là pour nous en convaincre. Le Monde a par exemple choisi de ne pas relater les mots du chef de l'Etat, considérant « qu'il n’y avait pas d’information ». Une manière astucieuse de ne pas rompre la clause de confidentialité établie lors de ces points « off », si importants pour les journalistes qui y trouvent la matière nécessaire pour rédiger leurs articles.

 

Pourtant, il y a bien une « information ». Ou plutôt une confirmation : Nicolas Sarkozy a progressivement bâti avec les médias une relation de défiance, encore un peu plus tendue par les récentes accusations d'espionnage par l'Elysée de certains sites d'information. De plus, le Président sait pertinemment que le «Quatrième Pouvoir » n'est pas étranger à sa chute vertigineuse dans les sondages. Pourtant ce genre d'accès de colère ne saurait améliorer sa situation. Ses conseillers en sont pleinement conscients, et se sont donc empressés de démentir les propos prêtés au chef de l'Etat. Le mot « pédophile » n'aurait jamais été utilisé. Vraiment ? Selon L'Express, l'équipe de Nicolas Sarkozy aurait cependant récupéré l'enregistrement audio de ce point « off » auprès des organisateurs portugais du sommet. Mais alors, pourquoi le conserver si jalousement s'il ne contient rien d'exceptionnel ? Les médias anglais n'ont décidemment pas fini de s'amuser...

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